[TÉMOIGNAGE]
Adam : « Être réfugié ne change rien, je vis toujours en squat »


TÉMOIGNAGE

Adam : 12 ans pour obtenir le statut de réfugié

Secteur - Ile de France
Thématique - Habitat, Accès aux droits

Adam a quitté la Tchétchénie en 2004 pour l’Autriche. Après trois ans dans le pays, il est parti en France pour fuir les agents du régime de Ramzan Kadyrov. Il est l’un des 25 habitants d’un squat – un ancien atelier abandonné – auxquels Habitat-Cité vient en aide. 

De squat en squat

Adam est arrivé en France en 2007 pour demander l’asile. Il est alors accompagné de ses deux jeunes enfants. Dès le début, il ne trouve pas d’hébergement dédié. Rapidement, ses enfants sont placés à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Lui trouve une place dans un squat aux Lilas parmi d’autres demandeurs d’asile russophones. « J’y ai vécu 7 ans. Mais un jour la Mairie a décidé de nous expulser. »

Habitat-Cité tente alors de mettre en place une négociation avec la Mairie des Lilas pour obtenir des délais, attendre tout du moins que l’hiver passe. Mais un jour de novembre 2014, des agents arrivent pour expulser les habitants. « Ils sont arrivés tôt le matin et nous avons dû sortir du squat immédiatement. Nous avions laissé beaucoup de nos affaires à l’intérieur. Moi, j’y avais laissé mes papiers. On nous a donné un document nous donnant le droit de revenir plus tard les chercher. Mais quand nous sommes revenus, les portes et les fenêtres étaient toutes murées. On ne pouvait plus rentrer. »

Dans un premier temps, les habitants du squat des Lilas sont hébergés quelques nuitées dans un hôtel financées par Habitat-Cité, le temps de voir venir. Mais cela ne dure que quelques nuits. « Nous avons sympathisé avec un veilleur de nuit de l’hôtel. Il a voulu nous aider lorsque nous étions sans hôtel au bout de quelques jours. Certains soirs il nous laissait revenir dormir à l’hôtel incognito. » Mais très vite il a fallu trouver une solution sur du long terme. « Nous sommes plusieurs à être allés rejoindre des connaissances dans un squat de Seine-Saint-Denis. Je ne voulais pas aller dans une ville que je ne connaissais pas. »

Dans le squat, Adam prend rapidement les rennes. On l’appelle « le Général ».  « En 2016 on a eu un petit financement de l’association pour faire quelques travaux : de la peinture, un peu de carrelage. La Mairie a financé la mise aux normes de l’électricité. »

12 ans pour obtenir le statut de réfugié

Entre temps, depuis 2007, la procédure de demande d’asile est refusée à plusieurs reprises. Après plusieurs années où il renonce, en 2016, Adam reprend les démarches avec l’accompagnement d’Habitat-Cité et l’assistance d’une avocate. Après un nouveau refus l’affaire est finalement portée devant le Conseil d’Etat car rien ne justifie ce refus de l’asile. En effet, différentes preuves montrent qu’il est menacé de mort dans son pays.

Bien que l’aide juridictionnelle lui ait été refusée, Adam engage aussi une avocate habilitée à intervenir devant le Conseil d’Etat et le 11 avril 2018, il gagne au Conseil d’Etat qui renvoie son affaire devant la Cour Nationale du Droit d’Asile. Celle-ci lui reconnait le statut de réfugié le 12 septembre 2019. « Quand j’ai appris que j’avais le statut, cela m’était indifférent. Ça fait 12 ans que je suis en France. Le statut ne va rien changer à ma vie, je vis toujours en squat. »

Aujourd’hui, cependant, le statut entrouvre des portes. « Je travaille au noir sur des chantiers. Maintenant, je vais chercher un contrat de travail. Je vais faire une demande à Pôle Emploi pour une formation. »

En ce qui concerne le logement, Adam a fait une demande de logement social. « Au début, je voulais faire une demande pour moi et mon fils mais l’association m’a convaincu de faire la demande à mon nom seul, pour avoir plus de chances d’obtenir quelque chose. Mon fils pourra venir dormir chez moi de temps en temps. » Le début d’une vie normale ?

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